La paix pas maintenant, de Einat Wilf


La paix pas maintenant... Le titre est accrocheur, elle m'assure en souriant que ce n'est pas elle mais son éditeur qui l'a trouvé. Une parodie d'un slogan gauchiste bien connu.... 

Einat distribue son livre à la bonne franquette, sur la terrasse du café-boulangerie qui jouxte l'Institut Français, à l'issue d'une rencontre avec les francophones de Tel Aviv à qui elle a expliqué les grandes lignes du parti qu'elle a fondé l'année dernière, Oz, La force.

L'oeil bleu, vif, le visage souriant, encadré de cheveux bruns mi-longs, Einat Wilf répond gentiment à mes questions, oui, elle a toujours su que les arabes ne voulaient pas d'Etat palestinien, seulement nous empêcher de vivre ici et détruire notre Etat pour le remplacer par "un endroit à eux".


Elle dédicace son livre aux quelques personnes présentes, elle est clairement en campagne comme l'indique son T.Shirt qui porte, en lettres vertes, l'inscription "posez-moi toutes les questions que vous voulez sur le parti". Je lui demande donc combien ils sont sur sa liste, elle me répond qu'elle ne sait pas encore, qu'on verra en septembre, lors du dépôt des listes. Elle me dédicace un exemplaire de son livre, je la remercie, le feuillette, il n'est pas très épais, 280 pages, la quatrième de couverture compte trois paragraphes, un plan net, conditions- moyens-conséquences, comme on apprenait à en faire en histoire quand j'étais au collège, ça part de la vision des fondateurs de l'Etat, conditions, en histoire on dit aussi parfois "causes lointaines", ça passe à un bref survol de l'évolution du pays en énonçant quelques questions problématiques, "les pressions de toutes part, tels des éclats de délire messianique  (sic) d'une paix à tout prix, l'ivresse de la rédemption, son abandon à l'étreinte de l'ours américain et la fragmentation de la société israélienne en secteurs inégaux dans leur engagement envers l'avenir."
La troisième partie indique que le livre se veut "une feuille de route claire, théorique et pratique", au sujet du tracé des frontières, des relations avec la communauté internationale et nos voisins... Tout un programme ! La dernière phrase me fait tilt, "fonder une relation partagée entre tous les citoyens face aux devoirs liés à l'existence du projet sioniste" car elle évoque irrésistiblement l'expression "état de tous ses citoyens." De plus, il me semble que le sionisme n'en est plus au stade du projet...


Comme c'est pour Moshé Feiglin que je compte voter aux prochaines élections, je lui demande ce qu'elle pense de lui, elle me répond franchement qu'en ce qui concerne les enjeux sécuritaires elle apprécie ses analyses mais qu'évidemment sur les sujets de la religion d'Etat ou des problèmes de société ils ont des points de vue très différents -tu m'étonnes...- elle regarde ses shorts sur Instagram, oui, et elle les trouve intéressants. Mais évidemment qu'ils ont elle et lui des conceptions totalement opposées, tout d'abord sur ces fameux "colons" dont elle désapprouve les actions musclées en Judée-Samarie... Je préfère ne pas lui répondre que je soutiens à 100% les Jeunes des Collines, ça pourrait créer une mauvaise ambiance...

Si c'est Bibi qui est responsable pour ce qui est arrivé le 7 octobre ? Mais bien sûr, il a toujours dit que les Juifs ne voyaient pas le danger et il s'est présenté comme celui qui nous protègerait, il a fait une vidéo avec des lunettes roses, en nous disant de nous amuser et qu'il veillait sur nous.  Qu'il verrait le danger, lui, avant tout le monde... 

Lui aussi il y était, dans la conceptia ! Comme tout le monde. Il était "addict" à l'idée selon laquelle on pouvait acheter le calme, que les gens du Hamas étaient dissuadés, qu'il suffisait de les laisser récupérer leurs valises du Qatar, les laisser construire leurs villas, acheter leurs bagnoles flambant neuf pour avoir la paix. Il s'agit d'un manque de respect, me dit-elle, ajoutant qu'il aurait aurait fallu prendre nos ennemis au sérieux, sans les traiter comme des enfants dont on calme les caprices de temps en temps pour avoir la paix...  

Je sais d'elle finalement assez peu de choses, elle me dit en deux mots qu'elle a siégé brièvement à la Knesset début 2010, elle était alors au parti travailliste, et s'est retirée pour rejoindre le nouveau parti Indépendance fondé par Ehud Barak, qu'elle ne siège plus à la Knesset depuis 2013... elle se présente aux élections fin octobre, oui, merci, on avait remarqué...

Je lui souhaite bonne chance, et merci pour le livre. Quant au palestinisme, un mot qu'elle emploie souvent dans ses vidéos, elle me répond ingénument qu'elle pensait avoir inventé le terme, elle n'a manifestement pas lu Bat Yé'or, ni Mélanie Philips... Ni Pierre-André Taguieff ! Du coup je lui fais cadeau du Livre Noir du palestinisme, dont j'ai eu la bonne idée d'emporter un exemplaire, histoire qu'elle puisse combler quelques lacunes... Je le lui dédicace, elle me remercie et s'en va, en me répétant qu'elle reste à ma disposition pour toute question concernant son livre...

Depuis, je l'ai lu, son livre, et je dois dire qu'il est assez mal rédigé, bourré de maladresses, de tournures alambiquées, de lourdeurs ; c'est dû je pense à la traduction de l'hébreu vers le français, qui n'a manifestement pas été révisée, et qu'on dirait pondue par un Chat GPT pas très en forme, voire très grippé : il est bourré de coquilles et de fautes de ponctuation.

J'ai essayé de faire abstraction de la mauvaise qualité de l'expression (il y a aussi des fautes de syntaxe) moyennant quoi j'ai réussi à le lire jusqu'au bout. C'est en réalité un genre de tract de campagne, un peu plus étoffé, qui ne dit rien de vraiment nouveau ni d'original, pour 95% de son contenu... En neuf chapitres, l'auteur rappelle le labeur accompli à la création de l'Etat et les accomplissements remarquables (p48) l'histoire du pays à travers les trois guerres principales, celle de l'Indépendance, celle de Kippour et celle de 67, jusqu'à la date fatidique du 7 octobre 2023, qui est pour Einat Wilf le "point culminant du processus d'accumulation de la dette..."

En effet, c'est en utilisant l'analogie de la finance que l'auteur développe dans ce livre l'idée qu'Israël aurait vécu sur une dette, sur un taux d'intérêts, cette analogie est d'ailleurs le fil rouge de ce livre : Israël serait l'héritier d'un capital accumulé bâti par les premiers sionistes, qu'au fil du temps les investissements sont  peu à peu hypothéqués, et nous aurions vécu ensuite sur une dette à taux élevé, nous nous serions reposés écrit-elle, sur les lauriers d'un capital accumulés par nos ancêtres, dont elle rappelle qu'ils étaient laïcs et même parfois ouvertement anticléricaux (p16)

"La conceptsia ignorait l'hostilité des Palestiniens", et consistait à croire qu'on pouvait acheter le calme (p19) elle pointe l'américanisation du mode de vie, culture de la privatisation et le mode de vie ultra orthodoxe (p17) décidément les ultra orthodoxes sont décidément les têtes de turcs de toute la société israélienne.

La première phrase du livre révèle, d'emblée, la naïveté de la dame et de ses camarades gauchistes, elle explique qu'ils se sentent tous victimes d'une horrible illusion, (p11) et même, d'une "escroquerie : on croyait de bonne foi que le Hamas était dissuadé, les dollars contre le calme, on y croyait... Tout comme on estimait qu'éviter d'agir c'était éviter l'escalade"...

Elle dénonce, qui l'eût cru, les colonies, les constructions en Judée-Samarie (p14) le Goush Emounim (Bloc de la Foi) et les péripéties liées à Sebastia, "l'inaction de l'Etat" (p24)

Évidemment pour une femme venant du parti travailliste, l'Etat doit s'occuper de tout, y compris de protéger les bergers... De détruire les monuments érigés en Judée-Samarie à la gloire de terroristes arabes. Comme si l'armée n'avait que ça à faire... Comme si le peuple ne pouvait pas prendre quelques initiatives...

Quant au problème avec notre "allié", c'est à dire la dépendance d'Israël vis à vis des USA, du point de vue militaire, il est illustré par l'exemple de la guerre de Kippour, "qui aurait pu se terminer par une victoire écrasante, non seulement sur le front syrien mais sur le front égyptien mais les USA sont intervenus sur la scène égyptienne ce qui a abouti à un match nul" (p136) 

La question de l'Égypte paraît centrale à l'auteur, parce que le traité de paix entre Israël et l'Égypte fait jurisprudence... Mais ce pays a entravé les opérations israéliennes à Gaza, notamment à Rafah (lors de la découverte de tunnels traversant le corridor de Philadelphie) et il est pourri d'antisémitisme, à l'école comme dans les médias..."voilà le pays avec lequel israel est en paix" (p78). Conclusion : "il conviendrait d'examiner le traité de paix avec l'Egypte" (p85)

Oui, ça fait un moment qu'on empêche Israël de gagner, ça ne date pas de l'été 2014...

Bref, le lecteur reste un peu sur sa faim, avec ce livre qui ne dit rien de vraiment nouveau et évoque à la fin une solution, un "sionisme arabe" et parfaitement ridicule à mon avis, car les arabes ne pourront jamais devenir sionistes, s'ils sont musulmans, comme ils le sont dans leur grande, leur immense majorité. Je n'ai pas lu le Coran mais j'en sais assez sur l'islam pour comprendre qu'un musulman ne pourra jamais accepter que des non-musulmans s'établissent sur des terres qu'il considère, lui, comme "terres d'islam". A fortiori des Juifs, des dhimmis... Impensable !

C'est pourquoi parler de "sionisme arabe" comme le fait E.Wilf est à mon avis un fameux contre-sens, et un bel oxymore...

On trouve pourtant sous la plume de l'auteur une expression qui démontre qu'il est tout près de réaliser l'horrible vérité, que le peuple palestinien a été inventé par des nazis. Je vous renvoie à mon article sur le sujet, Bibi et le Mufti. ¹

On trouve en effet, p21, une expression extrêmement parlante :

"Des groupes d'Einsatzgruppen arabophones" 

Cette formule résume parfaitement ceux qui commettaient les pogroms survenus dans les années 30 et surtout dans les premières années de la construction de l'Etat, durant lesquelles les agriculteurs, les travailleurs dans les usines et les coopératives, et les Juifs, d'une manière générale, étaient assaillis sans relâche par ces commandos palestiniens formés aux méthodes nazies, tuer un maximum de gens en un minimum de temps.

Elle résume aussi le mode opératoire, le 7 octobre, lors de cet énorme pogrom à visée génocidaire : les nazis qui nous assiègent actuellement parlent arabe.

J'ai trouvé d'autres passages très perspicaces, comme celui qui clôt le chapitre 3 et le rappel que "Rabin était beaucoup plus réticent qu'on ne le pense à l'égard des accords d'Oslo (p112) il exprimait une répugnance instinctive face aux intentions d'Arafat"...certes, d'ailleurs il comptait annuler certaines clauses et revenir sur l'ensemble du processus d'Oslo, dit-on, c'est peut-être aussi pour ça qu'il aurait été assassiné, et en ce cas, pas par un "colon messianique d'extrême droite", si vous voyez ce que je veux dire.

"Les Palestiniens sont le véritable ennemi qui depuis un siècle s'emploie à empêcher les Juifs d'avoir un Etat, et non les colons" p113, certes, bravo, quelle belle capacité de déduction, chère Einat, mais quid de la complicité de l'Europe, de l'ONU, et du monde entier, qui veut absolument nous imposer cet Etat palestinien dont les arabes eux-mêmes ne veulent pas, évidemment, puisqu'ils veulent tout ? Quid de ce monde qui délire, en proie à une poussée de fièvre antisémite et palestiniste, et qui subventionne nos bourreaux depuis si longtemps ? 

Hier, les commémorations du 7 octobre, un sujet déjà secondaire, en France, pourtant il y a eu 57 "Français de confession juive" assassinés ce jour-là et le suivant... Ce qui me choque le plus je crois est cette façon qu'il ont au journal télévisé d'atténuer l'horreur en parlant de "morts", comme si toutes les morts se valaient ! On parle désormais de 1200 morts, point, en les mettant en parallèle avec les fameux 73 000 morts de Gaza, alors hein ! Un chiffre du Hamas qu'Israël ne valide pas, soit dit en passant.

De plus quel sens cela a t-il de parler de morts" en englobant populations (civiles) si viles et les terroristes ?

1200 morts, c'est de l'abstraction, ça permet de désigner commodément le 7 octobre, en le réduisant à un nombre de morts, en effaçant du même coup la chasse à l'homme, les heures d'angoisse passées à se cacher, à essayer d'échapper aux assassins islamonazis, aux équipes d'Einsatsgruppen qui parlaient arabe et passaient de maison en maison en exterminant tout ce qui bouge. Qui ont pourchassé les jeunes festivaliers de Nova et les ont abattus dans pitié dans les champs, dans leur voiture, et jusque dans les toilettes publiques...

1200 morts, comme si le chiffre des décès, clinique, comme pour un accident aérien ou une catastrophe naturelle, disait tout... On évite commodément de parler de familles ligotées et jetées dans le feu vivantes. De cette petite fille de huit ans à qui on a tranché le bras dans un couloir et qu'on a laissée se vider de son sang et agoniser seule par terre pendant des heures. De ces femmes empalées sur des pieux, de cette jeune soldate à qui on a introduit le canon de son fusil dans le vagin, ces barbares le lui ont enfoncé jusqu'à ce que ça traverse son corps jusqu'aux poumons, la malheureuse, et ils ont ri en tirant des balles, et en les voyant ressortir par la tête, comme c'est amusant, comme c'est fin, quel jeu magnifique et subtil, j'ai toujours été contre la peine de mort mais finalement je revois ma copie, il me paraît évident qu'on ne peut laisser vivre ceux qui ont fait ça : ce genre de déchets de l'humanité est absolument irrécupérable. Ces barbares sadiques sans la moindre humanité ne méritent que le peloton d'exécution, ou d'être jetés aux crocodiles.


                                                                             Catherine Stora


                                                                                                                 Toulouse, 8 octobre 2026


Note :

1. Bibi et le Mufti








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