La fête à Bernard

Aujourd'hui, 10 mai, j'ai pensé à Dimey, pour la raison que vous devinez, l'homophonie, dix mai, Dimey...

Ensuite, à la victoire de la gauche en 1981, précisément un 10 mai, victoire que l'on appela un temps la victoire du 10 mai... Et avec un peu d'amertume, au grand truqueur que fût Mitterrand. À sa proximité avec la Collaboration, entre autres avec Maurice Papon, qui fût ministre de l'Education, ou était-ce encore de l'Enseignement ? Vérifiez, moi j'ai mieux à faire, vous raconter un peu qui était Dimey. 

À la réflexion ça n'a pas d'importance, et je ne me souviens de ce détail que parce que j'étais au collège quand il était ministre et qu'on défilait en manifs en criant des slogans du genre " 25, 25, 25 élèves par classe !" et aussi "Papon, on veut des ronds, du PQ et du savon, des cahiers et des crayons !" Celui-ci était de moi et il était repris en chœur par mes condisciples, ce qui me rendait très fière.

Mais revenons à Dimey.

Il aurait à présent 95 ans s'il n'était pas mort d'une cirrhose ou d'un cancer du foie, en juillet 81, à l'âge de 49 ans, quinze jours avant de fêter ses cinquante ans. 

Bernard Dimay aimait les livres, la peinture, le pinard, les bars et refaire le monde jusqu'à pas d'heure, écrire des chansons avec ses copains et déclamer en public ses textes et ses poèmes. Physique de Bacchus, trapu, chevelu, barbu, moustachu, il avait le sourire facile et le verbe haut, il était l'ami de Prévert et de Francis Laï, entre autres.

Montmartre était la zone où il officiait, chaque soir, et où il habitait. 

Il fit un temps la première partie de Brassens à Bobino. Il a commis les paroles d'un nombre astronomique de chansons et écrit sur mesure pour des centaines d'interprètes. Dont Zizi Jeanmaire, pour laquelle il écrivit l'immortel Mon truc en plumes...

En attendant mon élève, ce matin, j'ai posé les paroles du non moins immortel Syracuse sur le pupitre et j'ai chanté en m'accompagnant, et puis quand elle est arrivée, elle m'a demandé ce que c'était que cette chanson, Syracuse... Étonnée qu'elle ne la connaisse pas, car c'est une des plus chantées au monde encore aujourd'hui, interprétée par Montand et Salvador, entre autres, et créée à l'époque par Jean Sablon, j'ai fredonné les premières mesures. Non, ça ne lui disait rien...

J'ai un faible pour la version de Henri Salvador. ¹

Cette chanson, qui est, objectivement, un petit chef-d'œuvre, Dimey l'aurait écrite en s'amusant, sur un coin de nappe, après un dîner entre amis bien arrosé. Elle assure à elle seule la gloire de son auteur, à mon (humble) avis. J'ai entendu son nom pour la première fois vers la fin des années 90, ayant une copine qui était élève aux ACP (Ateliers Chansons de Paris) rue des Amandiers, dans le XXème, et où elle m'entraîna un jour. J'y rencontrai quelques ACI ² en herbe, dont je mis les textes en musique, Betty Hermil, Louison Iodée... Je fis également la connaissance de Claire Elzière, qui chantait Louki, un copain de Brassens... ³

Cette année-là, Dimey était au programme et tout le monde devait en chanter au moins une, pour le concert de fin de trimestre, ou de fin d'année je ne sais plus. J'ai ainsi découvert tout plein de chansons de Dimey...

Dont celle-ci, qui me fit grande impression, et pour cause, c'est une grande chanson, une chanson sur la guerre, et c'est Aznavour qui en signa la musique.⁴

Je l'ai réécoutée ce matin avec tristesse, en me disant que c'est vrai, la guerre, ce n'est pas raisonnable, on ne peut pas, rationnellement, être pour la guerre. Ah Barbara, quelle connerie la guerre...

La guerre, cette horreur sans nom, qui fait tant de morts, de blessés, d'amputés, de traumatisés... Tant de veuves, d'orphelins et de familles brisées, à jamais meurtries.

Boris Vian a chanté le Déserteur en 54, et Brassens, La guerre de 14-18,  en 1961. Dimey a écrit L'amour et la guerre un an avant, en 1960, sur une musique composée par Aznavour et que celui-ci interprète admirablement :

 - Pourquoi donc irais-je offrir ma jeunesse ?

Alors que le bonheur est peut-être à deux pas,

Je suis là pour t'aimer, je veux t'aimer sans cesse

Afin que le soleil se lève sur nos pas."


Pourquoi ? Aucune raison, en effet !

Et pourtant, cette guerre qui a été imposée, ici, par nos ennemis, le 7 octobre, nos enfants la font, ils sacrifient, chaque jour que Dieu fait depuis deux ans et demi, leur jeunesse et parfois leur vie elle-même, pour défendre l'existence de ce pays, si terriblement menacée.

Il font la guerre par amour.

Il la font par devoir, pour que nous puissions continuer à vivre ici.

Ils nous défendent.

Ils la font, la guerre, parce qu'ils n'ont pas, eux, ce luxe inouï, pouvoir choisir.


Catherine Stora


Beershéva, 10 mai 2026



Notes :


1 Syracuse, par Henri Salvador

2 ACI : auteur, compositeur, interprète 

Claire Elzière, J'aurais voulu, de Pierre Louki

4 L'amour et la guerre, paroles de B.Bimey, musique de Ch. Aznavour

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