Pourquoi j'ai décidé de fermer mon compte Facebook et pourquoi vous devriez probablement en faire autant

 

 

Depuis longtemps, je me dis que c'est dommage, cette addiction à Facebook. Ne le prenez pas personnellement, mais ce truc c'est vraiment un attrape-couillons, qui vous pique votre temps et votre énergie sans rien vous donner en échange. Les amis qu'on s'y fait ne sont pas de vrais amis, à moins d'accepter une définition totalement dévoyée de ce qu'est l'amitié. Bref, Facebook, c'est finalement une perte de temps colossale et du décervelage complet!

Une perte de temps parce qu'une fois qu'on commence, y'a aucune raison de s'arrêter, y'a toujours un truc marrant à lire, sur Facebook, ou à voir, un truc à écrire, et puis répondre, ici ou là, partager, commenter, liker ci, liker ça, regarder s'il y en a qui ont liké… et combien… S'il y a des commentaires, qu'on peut également liker, commenter… ça réduit vachement les pensées, les vraies pensées, qui se morfondent dans un coin de votre tête en attendant que vous ayez fini de vous la faire bouffer par Facebook. En fait sur Facebook on nourrit la Bête… Car la Bête vous veut, elle a toujours faim, elle se nourrit de vous, de vos photos, de vos réactions, vos commentaires, vos likes... Vos partages...

Du décervelage complet, parce qu'en fait, Facebook c'est qu'une appli. De l'intelligence artificielle. Un système fermé. Qui vous mate et vous formate. Qui vous dit comment penser. Qui vous censure, en dissimulant vos publications, ou en vous punissant de quelques jours d'interdiction. Moi c'est 30 jours, à chaque fois que je ''viole les standards de la communauté''. C'est à dire à chaque fois que je ponds une blague qui passe pas ou que je me défoule en disant du mal de mon Premier ministre. Il nous est devenu très antipathique à nous Israéliens car c'est un incompétent, un odieux et un nuisible, mais rappeler qu'il n'a en réalité que 6 mandats et que par conséquent il est absolument illégitime semble  tabou. Le nombre de mandats de Bennet, c'est 6 : sur 120, soit exactement 5 pour cent du Parlement, avouez que ça fait quand même léger. Bon c'est vrai que j'avais rajouté qu'en bonne justice il devrait être pendu pour trahison et intelligence avec l'ennemi, mais ''que c'était pas sûr qu'il arrive vivant jusqu'à la potence''. Dénoncée illico par un "ami". Accourus en toute hâte pour constater le délit, les bots ont  décrété que oui, j'enfreignais les standards de la communauté et m'ont infligé une suspension de 30 jours : ça veut dire qu'on ne peut ni publier ni réagir ni commenter etc. On peut même pas se défouler tranquillement sur Facebook, ce n'est même pas un exutoire... Qu'est-ce que c'est, en fait, Facebook ?

En gros, une machine qui compile vos publications, qui les traite, en repérant certains mots-clefs, par exemple et au hasard, le mot vaccin. Alors qu'il est tabou. Qui les analyse et décide de les montrer à qui bon lui semble, établit un profil, le vôtre, un portrait-robot, vous suggère des gens que vous pourriez connaitre, des choses que vous pourriez aimer, des groupes, des choses en fonction de vos intérêts…

Ce système peu à peu vous enferme, sans que vous vous en doutiez. Il vous maintient dans le même cercle d'amis, ayant en général les mêmes idées que vous sur les sujets qui vous tiennent à cœur. Exige de savoir what's in your mind en vous appelant par votre prénom, c'est quand même vachement intrusif comme façon de faire, non ?

En plus ça vous interpelle, sans plus de cérémonie, Untel a une nouvelle story, réagissez, Unetelle a une nouvelle photo, allez-y voir… Bref, ça nous manipule. C'est clair. Les gens qui sont sur Facebook, dont moi, oui, se font en fait manipuler par de l'intelligence artificielle. Tout bêtement.

Sauf que moi, je m'en rends compte. Et moi, ça ne me plait pas. Ça vous plait, à vous ?

Evidemment vous allez me dire qu'il y a les copains, sur Facebook, des gens que vous aimez bien, qui vous aiment bien aussi, et puis y'a les groupes…

Ah les groupes, le groupe de ceux qui aiment ci, de ceux qui font ça, les francophones d'Israel, les Suisses pour Israël, et mon cher Collège de Pataphysique... J'en ai un stock, des groupes, au moins une cinquantaine, ça en fait du monde ! En français, en anglais, en hébreu...

Et puis les groupes de partage de musique… de blagues. Les groupes dédiés à la politique…

Facebook c'est une vie parallèle, juste les doigts le clavier les yeux, pas besoin du dehors pas besoin de jambes pas besoin de soleil… Pas besoin des autres. Un ordi ou un téléphone, une connexion  internet, et allons-y roulez jeunesse…

On vit plus, on commente. Facebook fait de nous des voyeurs solitaires. Des exhibitionistes. Des "hommes du ressentiment" comme dit Nietzsche. Bon bref, la chanson que je fabrique en ce moment s'appelle Y'a Facebook, et donc la voili la voiça, le début fait comme ça :

Si t'es malade ou tout seul

Que tes amis font la gueule

Bin y'a Facebook

Un endroit ouvert de nuit

Comme de jour, si tu t'ennuies

Bin y'a Facebook

Y'a des statuts à liker

Et c'est pas bien compliqué

Non, Facebook,

Y'a des blagues et des photos

Des vidéos des infos

Sur Facebook !

(Bon, faut que je continue, c'est que le premier couplet, mais ça part bien non ?)

Facebook, et ses deux milliards d'utilisateurs qui partagent leurs photos, ce qu'ils mangent ce qu'ils boivent et avec qui, qui publient des articles en s'imaginant que ça va intéresser quelqu'un alors qu'on sait fort bien que plus personne ne lit, qu'on préfère regarder une vidéo, celle d'un gag filmé ou des chars russes en Ukraine, d'un clip de la dernière chanson d'une star ou de campagne pour les hommes politiques aimant se montrer sur les réseaux sociaux.

Y'a toujours une blague à lire, un dessin, un tableau à admirer, c'est facile y'a qu'à dérouler, on dit scroller maintenant, on peut liker, commenter, s'exprimer… Souhaiter un anniversaire, un bon Shabbat, faire part de ses états d'âme ou d'un deuil, d'une naissance. Mazal tov !

Je ferme mon compte, c'est décidé. Parce que je n'ai plus de temps à consacrer à toute cette masse d'information que je n'arrive plus à gérer ni à digérer. Mon cerveau n'est pas un outil de traitement d'information. Ou alors si, mais pas que. J'ai besoin de penser. D'imaginer, de rêver. C'est vital.

La vie n'est pas une salle d'attente où l'on feuillette des magazines en attendant son tour, un article par ci une photo par là, une recette et deux blagues sinon rien.

Car on se trompe en estimant que la valeur absolue c'est l'argent. Ce qui compte sur Terre, ce n'est pas l'argent dont on dispose, mais le temps qu'on a pour accomplir telle ou telle chose. Le temps. Pas l'argent. Or, sur Terre, le temps nous est compté. Les heures passent. Le temps n'est pas élastique. Sur Facebook, il file à cent à l'heure. On fait une pause dans la matinée pour jeter un œil à son fil d'actualité, à ses notifications… On se dit je vais regarder cinq minutes et en fait c'est souvent toute l'heure qui y passe. Si c'est pas plus. Bonjour la pause.

Facebook me bouffe mon temps. Et mon temps, j'en ai besoin.

Evidemment je vous vois venir, vous allez me dire qu'avec de l'argent on peut se payer une femme de ménage et s'offrir le luxe de perdre son temps à zoner sur Facebook, ou bien le passer à autre chose, que l'argent vous en fait gagner, du temps, souvent. Je n'en disconviens pas. Mais Facebook nous suce la moelle et ne nous rémunère pas pour le temps qu'on passe à essayer de distraire les copains, à amuser la galerie, à partager une citation profonde. Pour les choses qu'on écrit. Pour le temps qu'on passe à lire celles qu'écrivent les autres, souvent pleines de fautes d'orthographe qui piquent les yeux. J'ai laissé tomber l'enseignement du français parce que je n'en pouvais plus de voir quotidiennement maltraiter cette langue que j'aime, c'est pas pour me taper des fautes d'accord et d'orthographe à tout bout de champ, y'en a beaucoup qui confondent allègrement les participes passés et les infinitifs, c'est une faute très commune, avec celle qui consiste par exemple à écrire "je me suis faite coupée les cheveux", quelle horreur, signalez l'expression correcte je me suis fait, pas faite, et couper à l'infinitif, ça y est on est une horrible facho, une ayatollate de la grammaire, tu parles, merci bien !

Les gens qui accordent avec le verbe avoir, salut, je vous ai assez lus, j'en peux plus.

En plus on bosse gratuit comme amuseur public pour un géant qui dévore ses enfants, un ogre qui vous attire dans son repaire pour vous sucer le sang. Qui vous fait croire que vous avez des amis, alors que quand vous disparaissez un mois pour le fameux non-respect des standards de la communauté, y'en a pas lourd qui notent votre absence.

Oui, c'est sûr, Facebook est un attrape-couillons, c'est un miroir aux alouettes. On vous fournit la nappe sur laquelle vous écrivez des conneries pour vous amuser à la fin d'un repas entre amis, mais cette nappe est pleine de pubs, et c'est la nappe qui vous suggère ce que vous pouvez ou pas écrire, et à qui. Elle montre vos productions à qui elle veut, ou même à personne si elle estime vos propos subversifs. Vous n'avez aucun contrôle là-dessus.

Donc voilà, basta, ça m'amuse plus. Mais ça m'a amusée, longtemps, c'est vrai. Pouvoir faire un live, quand on n'a plus de place dans le téléphone, c'était pratique. Faire des blagues, des photos en ajoutant une légende rigolote en dessous, c'était marrant, c'est vrai ! Le côté partage,  pourvoir taper la discute avec de parfaits inconnus, échanger, c'est ça sans doute qui va me manquer. Mais bon, c'est vraiment trop chronophage et je n'arrive pas à me fixer 10 minutes par jour. Je suis accro, c'est clair, je vais sur Facebook pour un oui pour un nom, dès que j'ai l'occase... Pendant que j'attends le bus, pendant les trajets en bus, pendant  que la soupe cuit,  j'en ai cramé tiens, des trucs sur le feu pendant que j'étais sur Facebook...  Je n'ose pas penser au nombre d'heures que j'ai passées à lire les commentaires, mettre des likes et à répondre... (C'est sûrement comptabilisé, le nombre de likes, ce serait marrant de vérifier, tiens, enfin, marrant, pas exactement...)  A m'engueuler politique avec des gens... Mais pendant qu'on fait ça on fait pas autre chose... Dire oui à Facebook c'est dire non à plein d'autres choses, le boulot en retard, les lettres à écrire, oui môssieu, j'écris des lettres manuscrites, et sur papier Velin encore. Mais de moins en moins vu que Facebook ça va plus vite. Et le mail. Et le  whatsapp. Et le messenger…Et Télégram !

J'entends d'ici mon père, ''tu veux pas qu'on retourne s'éclairer à la bougie, non plus ?''

Bin pourquoi pas, c'est joli, les bougies… Mais l'heure passe, bientôt celle d'allumer celles du Shabbat, en plus on vient de perdre une heure, cette nuit on est passé à l'heure d'été, en Israël. En France aussi, non ? Les jours rallongent, il fait nuit plus tard, mais on vient quand même de se faire piquer une heure. Même pas eu le temps d'aller scroller sur Facebook, ou à peine…

C'est une came, une drogue dure, vous y foutez le doigt ça vous prend le bras,  mais je suis décidée à décrocher. C'est parti pour trois semaines de fermeture de compte. C'est provisoire. Demain, j'arrête ça. Si je tiens le coup, je le supprime pour de bon. Je l'ai déjà fait, je peux le refaire.

Et si moi je peux le faire, vous aussi, vous pouvez le faire.

Enfin, vous faites comme vous voulez, bien entendu.

Shabbat shalom !

 

Beershéva, 25 mars 2022

 

 

Commentaires

  1. Si on ne déroge pas aux règles de FB, on pourrait peut-être leur demander de nous fermer de temps en temps notre compte provisoirement, histoire de s'aérer un peu le cerveau.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu plaisantes ???
      C'est à l'appli de te prendre en charge , en te signalant que ton cerveau a besoun de s'aérer ??

      Supprimer
  2. Finalement ça a été une chance de me faire mettre sur le banc de touche... Ça m'a obligée à faire une cure de désintox, à chaque fois ! On sort la tête de l'aquarium, on se rend compte que Facebook n'est qu'une colossale supercherie, qu'on ne communique pas vraiment, mais qu'au contraire on contribue sans le vouloir au mensonge généralisé, dans ce grand capharnaüm où l'on trouve de tout et n'importe comment, des infos des confidences des photos des vidéos et des coups de gueule... Mais comme la patronne c'est madame l'intelligence artificielle et qu'on bosse gratuit pour elle, alors stop ! Ciao !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai suivi ton judicieux conseil, bien que j'aie pensé dernièrement me servir de FB pour y mettre en ligne mes articles. Je n'ai presque plus de connexions sur mon blog Vu-sous-cet-angle depuis février 22. Un lecteur (je ne sais pas si c'est représentatif), m'a dit que c'est à cause de l'impossibilité nouvelle de consulter la page sans accepter les pubs (cookies) ou payer.
      Mais les textes un peu longs n'attirent pas l'attention sur FB. Je me suis donc tourné vers un ancien collaborateur, le site Europe-Israël, en signifiant bien qu'il n'étais question ni de Netanyahou ni du corona, qui a accepté de publier après un long moment d'arrêt.

      Supprimer
    2. pardon : "qu'il n'était" je ne l'avais pas vue.

      Supprimer
    3. Et moi je n'avais pas vu ton comm... Tu as supprimé ton compte, toi aussi ? Quelle magnifique nouvelle ! Je ne pensais pas que cet article pourrait vraiment convaincre quelqu'un de passer à l'action !
      Moi aussi j'ai décidé d'être cohérente et j'ai arrêté Facebook pour de vrai, comme annoncé, cette cure de désintox me fait beaucoup de bien ! Et toi, tu tiens le coup ? Comment ça se passe la collab' avec Europe-Israël ?

      Supprimer

Enregistrer un commentaire

Articles les plus consultés